Bruit Blanc — ce que ce nom veut dire
Une femme hésite devant un rayon, repose un produit, en reprend un autre, hésite encore.
Cette hésitation ne sera enregistrée nulle part. Un questionnaire, un panel, un modèle décident d'avance de ce qu'ils peuvent saisir — c'est leur force, c'est ce qui les rend comparables d'une vague à l'autre. C'est aussi ce qui fixe un seuil. En dessous, rien n'est produit.
Et une absence de données ne se signale pas. C'est ce qui distingue un désert de données d'une zone floue. La zone floue, on sait qu'on la voit mal ; le désert, rien n'en indique le bord. Les publics qui vivent sous le seuil ne sont pas mal décrits : ils ne sont pas décrits.
À force d'agréger, on finit par tenir pour connu ce qu'on a simplement cessé de mesurer. C'est là que commence mon travail : non pas mesurer ce qui manque, mais lire des signes qui agissent sans avoir été enregistrés.
Une couleur qu'aucune réunion ne discute, une typographie reprise parce qu'elle a toujours été là, un mot qui semble aller de soi. C'est une histoire qu'on a cessé de raconter.
C'est cet angle mort qui m'intéresse : ce qui n'est plus interrogé parce que c'est devenu évident. C'est là que se fabrique une grande part du réel.
Ignorer ces signes, c'est arbitrer sur ce qui se déclare, et passer à côté de ce qui décide. C'est pour cela que Bruit Blanc existe : aller écouter ce qui se dit dans le bruit de fond, et le ramener là où les décisions se prennent.